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Proposition de communication - détails

Conférence : Toulouse les 6 et 7 décembre 2024

Date limite d'envoi : 29 février 2024 

 

Le devenir des mythes dans la production culturelle contemporaine.

 

Que reste-t-il des mythes dans la production artistique contemporaine ?

Ces récits fondateurs, évocations légendaires ou représentations idéalisées de figures historiques autour desquels des communautés humaines, des cultures et des civilisations ont pu se construire et s’organiser en sociétés, apparaissent comme les garants d’une Histoire que les arts et la littérature n’ont eu de cesse de faire éclater en histoires, afin de mieux transgresser, déconstruire ou simplement revisiter un mythos toujours en mutation. Ces multiples déclinaisons refaçonnent les contours d’un passé érigé en monument et interrogent l’héritage culturel tout en le ravivant.

L’imagination créatrice se nourrit de ces actes de « braconnage », pour reprendre le terme de Michel de Certeau, à travers un processus qui ne peut se départir d’une certaine forme de violence. L’artiste qui s’aventure sur le territoire du mythe défie l’autorité, remet en question une « parole unique », reflet d’un « nous » qui exclut en même temps qu’il fédère. La vague de déboulonnage de statues qui fait suite au mouvement Black Lives Matter est sans doute l’expression d’un monde dans lequel la multiplicité des identités singulières, qu’elles soient ethniques, raciales, sexuées et/ou sociales, émerge peu à peu dans le discours dominant. Cette remise en question de figures ou de faits mythifiés par la mémoire collective a une visée réparatrice que les productions artistiques actuelles reprennent selon des modalités diverses dont il s’agira de mesurer les implications politiques, éthiques, culturelles et économiques. Dans le vaste champ d’étude qui se dessine autour du devenir des mythes dans la production culturelle du nouveau millénaire, le succès planétaire de Hamilton, la comédie musicale de l’auteur-compositeur Lin-Manuel Miranda (2015), révèle à quel point le mythe devient « vendeur » lorsqu’il se pare des atours de la culture populaire, mais aussi source de crispations et de controverses notamment liées à son colorblind casting, que le dramaturge August Wilson critiquait dès 1996.

Dans le domaine littéraire, la collection Canongate Myth Series lancée au début des années 2000, qui invite des écrivains comme Ali Smith, Margaret Atwood, A. S. Byatt ou Jeanette Winterson à revisiter les récits du passé, constitue sans doute une preuve supplémentaire du potentiel commercial du mythe. Mais, au final, ces réécritures mènent-elles à un discours politique ou historique, ou ne débouchent-elles parfois que sur des pastiches post-modernes tels que définis par Frederic Jameson (Postmodernism 1991) ?

Dans une perspective différente, la controverse récente autour de la série américano-britannique The Crown (2016) a ravivé le vieux conflit opposant liberté artistique et objectivité des faits, l’œuvre télévisuelle devenant pour certains de l’infox destinée à entacher le mythe de la famille royale. Mais le mythe, même lorsqu’il est lié à une figure historique, n’est-il pas précisément la manifestation d’un désir de croire plus que l’expression d’un rapport sincère à la vérité, ainsi que le rappelle Karen Armstrong, “A myth, therefore, is true because it is effective, not because it gives us factual information” ( A Short History of Myths 2005) ?

Ramener le mythe au rang du populaire, de l’ordinaire ou de l’intime, comme le fait George Saunders lorsqu’il convoque Abraham Lincoln pour se concentrer sur un épisode de sa vie privée (Lincoln in the Bardo 2017), revient-il donc à remplacer un épisode de l’histoire collective par une autre forme pétrifiée, un autre mythe ? Ou bien, au contraire, la rencontre des mythes avec l’actuel ne crée-t-elle pas un espace d’échange infini, à l’image du double miroir de « Orpheus, Twice », œuvre de l’artiste Feliz Gonzales-Torres (1991) ?

Dans cette dialectique de la mise en relation, le mythe se complexifierait sans cesse, jusqu’à représenter cet « inextricable du monde » dont parle Edouard Glissant pour désigner un monde indéchiffrable qui ne peut s’appréhender qu’à travers une « créolisation », c’est-à-dire, comme l’écrit Alain Ménil, selon « un certain mode de contact, un certain rapport de force entre des réalités hétérogènes » (« Les offrandes d’Edouard Glissant : de la créolisation au tout-monde » 2014) ?

Cette conférence interdisciplinaire accueille des communications s’adressant à tous les domaines de la production artistique (littérature, cinéma, séries télévisées, bande dessinée, peinture, opéra, danse et toute autre forme d’arts visuels ou de spectacles vivants).

La liste ci-dessous est destinée à fournir quelques pistes de réflexion en lien avec la thématique :

 

  • Les mythes et les concepts de nation et d’identité (études postcoloniales, féministes, de genre...)
  • Culture populaire et mythes (littérature de jeunesse, films, séries télévisées, arts visuels...)
  • L’attrait commercial des mythes (capitalisme et culture, liberté artistique et contraintes financières)
  • Les nouveaux mythes (substitution ou complexification, rupture ou continuité)  
  • La place des mythes « non-occidentaux » (mythologie aztèque, mésopotamienne, amérindienne...) après les années 2000.
  • Les mythes à travers les langues (traduction, adaptation…)
  • Les mythes et l’ordinaire
  • Mythe et héroïsme
  • La mythologisation de personnages célèbres (mythologie de l’individu)

Veuillez adresser une proposition d'environ 300-400 mots ainsi qu'une courte bio-bibliographie à : submissions@myths24.fr

Date limite de dépôt : 29 février 2024.

Organisateurs

organizer

Lara Cox

organizer

Céline Magot

organizer

Sophie Maruéjouls-Koch

organizer

Jean-François Tuffier

CAS